[1] Pierre-Henri SIMON, Histoire de la littérature française au XXe siècle, tome 2, A. Colin, 1967, p. 160.
[2] Entre autre, Jean-Paul SARTRE, Monsieur François Mauriac et la liberté, in Situations I, Gallimard, 1947, pp. 36-57.
[3] Francis JEANSON, Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, Seuil, 1966, p. 295.
De même, Beauvoir raconte, juste après la parution des Belles Images, dans une interview accordée au Literatournaïa Gazeta (n°6, 14 février, p.8) : «Je ne suis absolument pas contre les expériences formalistes des écrivains du 'nouveau roman'. Leurs essais m'intéressent [...] (Traduit du russe)». Voir Claude FRANCIS et Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, Gallimard, 1979, p. 226.
[4] Simone de BEAUVOIR, 'Mon expérience d'écrivain', in Claude FRANCIS et Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 450.
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Gérard GENETTE, Figure II, Seuil, 1969, Figure III, Seuil, Coll. 'Poétique', 1972, Nouveau discours du récit, Seuil, 1983, Fiction et diction, Seuil, 1991, Palimpsestes, Seuil, 1982, Seuils, Seuil, 1987.
[8] Elaine MARKS, Encounters with death, Rathway, New jersey Rutgers University Press, 1973. Jean-Raymond AUDET, Simone de Beauvoir face à la mort, coll.«Lettera», L'Age d'homme, Lausanne, 1979.
[9] Simone de BEAUVOIR, 'Mon expérience d'écrivain', in Claude FRANCIS et Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 443.
[10] Le procédé de John Dos Passos a beaucoup influencé la Beauvoir et le Sartre des années 1930. Voir aussi Jean-Paul SARTRE, A Propos de John Dos Passos et de «1919» in Situation, I, Gallimard, 1947.
[11] Beauvoir appelle ce procédé inspiré par Dos Passos l''instrument critique (FA, p. 159)'. Voir aussi l'interview réalisé par Anne-Marie Celeux (Anne-Marie CELEUX, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir : une expérience commune, deux écritures, Nizet, 1986, p. 78). On pourrait rapprocher cette nouvelle de L'Enfance d'un chef dans le recueil Le Mur de Jean-Paul Sartre, où la narration prend une distance vis-à-vis de la vie de Lucien.
[12] Voir Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 253.
[13] Ibid., pp. 206-224.
[14] Ce procédé fait penser à la manière de représenter dans L'Invitée le personnage de Xavière dont on ne peut préciser la pensée.
[15] Sur la définition de la mauvaise foi, voir Jean-Paul SARTRE, L'Etre et le Néant, Gallimard, 1943 (chapitre II de la première partie : 'La mauvaise foi').
[16] Le procédé du journal intime fait penser à celui que l'auteur utilise dans La Femme rompue. A ce sujet, Jacques Deguy écrit : 'Dans le «Journal de Chantal» Beauvoir dénonce, par la satire virulente d'un personnage de mauvaise foi, la mauvaise foi propre au genre.'
Jacques DEGUY, La Nausée de Jean-Paul Sartre, Gallimard, 1993, coll. Foliothèque, p. 33.
[17] La présentation rapide de l'enfance de Marcelle et de Marguerite semble représenter une économie propre au genre de la nouvelle.
'Selon ces «définitions», la contrainte formelle impose une limite de durée : l'auteur doit relater les événements de sorte que le lecteur en prend connaissance «tout d'une haleine». La concentration impose une économie au niveau de l'intrigue et de son orchestration.'
Daniel GROJNOWSKI, Lire la Nouvelle, Dunod, 1993, pp. 28-29.
[18] Remarquons aussi que le côté autobiographique de Marguerite, qui annonce les Mémoires : 'Marguerite, dernière séquence du recueil, présente au contraire, pour la première fois dans l'oeuvre beauvoirienne, une narration à la première personne, de forme ouvertement autobiographique.'
Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, in Revue des Sciences Humaines N°222 avril-juin, 1991, p. 67.
[19] 'Ce trio est une facticité construite pour dissimuler l'inavouable orgueil, l'impossible vertige de l'amour, l'impossible rencontre du réel.'
Jean-Pierre CHOPIN, L'Invitée, ou le vertige congédié in Roman 20/50, juin 1992, N°13, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle Lille III, p. 15.
[20] Sur l'évolution de la description de Xavière par la vision de Françoise, voir, Jacques DEGUY, 'Il y a Xavière', in Roman 20/50 , juin 1992, N°13, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle Lille III, pp. 59-62.
[21] Élisabeth, se créant une image différente de ce qu'elle est réellement, devient une incarnation de la notion de la mauvaise foi. Voir Jean-Paul SARTRE, L'Etre et le Néant, op. cit., (chapitre II de la première partie : 'La mauvaise foi').
[22] 'Ne pouvant trouver la justification de son existence ailleurs que dans les yeux d'autrui, Élisabeth est tellement préoccupée par l'impression qu'elle donne aux gens parmi lesquels elle se meut qu'elle a fini par ne plus exister pour elle-même.'
Briant T. FITCH, Le Sentiment d'étrangeté chez Malraux, Sartre, Camus, et S. de Beauvoir , Minard, 1964, p. 144.
[23] 'Figure de la haine de soi, et de la haine des autres qui en dérive, elle [Élisabeth] porte sur Xavière le regard réducteur et méprisant de quelqu'un qui ne participe en aucune façon au monde de la jeune fille [...]. Prisonnière des apparences, elle la juge sur sa coiffure, son maquillage et sa toilette, version presque boulevardière de la morale mondaine.'
Jacques DEGUY, 'Il y a Xavière', op. cit., p. 58.
[24] 'Françoise se prétend jalouse de la perte de possession de Xavière au lieu de s'avouer qu'elle voudrait être tout pour Pierre.'
Jean-Pierre CHOPIN, L'Invitée, ou le vertige congédié, op. cit., p. 19.
[25] 'Le meilleur exemple nous est donné par le traitement de l'Histoire, dans ce roman situé en 1939 : comme la sexualité, la guerre menaçante est refoulée par Françoise comme une manifestation inadmissible de la réalité [...].'
Pierre MASSON, L'Invitée, un huis-clos positif, in Roman 20/50, juin 1992, N°13, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle Lille III, p. 44.
Ajoutons ici l'expression de Maurice Merleau-Ponty aussi : 'L'ailleurs et l'autre ne sont pas supprimés, ils ne sont que refoulés.'
Maurice MERLEAU-PONTY, Le Roman et la métaphysique, in Sens et non-sens, Nagel, 1948, p. 53. (Première parution de l'article : Cahier du Sud, t. XXIII, N°270, mars-avril 1945, pp. 194-207.)
[26] Maurice MERLEAU-PONTY, ibid., p. 56.
[27] Voir Björn LARSSON, La Réception des «Mandarins», Sweden, Lund University Press, 1988, pp. 157-159.
[28] Voir Maurice BLANCHOT, Les Romans de Sartre in La Part du feu, Gallimard, 1949, pp. 188-203.
[29] Voir Susan Rubin SULEIMAN, Le Roman à thèse ou l'autorité fictive, Paris, P.U.F., 1983, pp. 79-123 (Histoire -- I : la structure d'apprentissage).
[30] Voir Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., pp. 22-25 (V : Vitesse).
[31] Voir Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 129.
[32] Voir Gérard GENETTE, ibid., pp. 130-133.
[33] Simone de BEAUVOIR, Pyrrhus et Cinéas, Gallimard, 1944, p. 365.
[34] Simone de BEAUVOIR, L'existentialisme et la sagesse des nations, Nagel, 1986, 1948, première édition, p. 89.
[35] Certains passages nous semblent quand même dépasser sa vision : 'Il y avait de l'amour dans ses yeux [de Fosca], et quelque chose aussi qui ressemblait à de la pitié. (THM, p. 75)' ou 'Le visage de Fosca s'assombrit; il semblait se rappeler un souvenir désagréable (THM, p. 78)'.
[36] Tzvetan TODOROV, Introduction à la littérature fantastique, Seuil, 1970, Collection Points, p. 29.
[37] Terry Keef analyse ce personnage : 'Régine belongs to the line of characters in Beauvoir's fiction (Élisabeth, Denise, Paule) who are denied reciprocity with others, and whose ambitions as artists of one kind or another are flawed'. 'Régine appartient à la ligne des personnages du roman de Beauvoir (Élisabeth, Denise, Paule) qui sont privés de réciprocité avec les autres, et dont les ambitions en tant qu'artistes d'une façon ou d'une autre font défaut (Notre traduction)'.
Terry KEEF, Simone de Beauvoir, Macmillan Press LTD, 1998, p. 82.
Il faut signaler aussi que ce roman traite du même milieu que L'Invitée (celui du théâtre) et que l'on a l'impression que, dans ce roman, l'auteur met en lumière les personnages secondaires et cachés de L'Invitée. Nous rapprochons donc Régine, personnage qui appartient au milieu du théâtre, aussi de Canzetti et d'Éloy, les personnages féminins de L'Invitée.
[38] Beauvoir évoque, dans La Force des choses, l'épisode de 'comédie' qui est commun entre Régine et Élisabeth : 'La scène de la fête, où elle prend conscience de la comédie, rappelle celle où, dans L'Invitée, Élisabeth recevant le trio a l'impression de se livrer à une parodie ; mais son trouble était de nature psychologique ; il a un sens métaphysique chez Régine (FC I, p. 97)'.
[39] On remarque que le rapport entre Régine et Fosca est identique à celui qui existe entre Hélène et Jean Blomart que nous avons traité dans le chapitre 1.3 (Le Sang des autres). Le héros du Sang des autres s'exprime : 'J'essayais de répondre de mon mieux à ses questions [d'Hélène] ; elle me harcelait de questions : on aurait dit qu'elle me prenait pour Dieu le Père (SA, p. 92)'.
[40] Beauvoir transmet ici une partie de ses propres souvenirs d'enfances qu'elle exposera plus tard dans ses Mémoires.
Voir Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., 1991, p. 72. Nous en traiterons dans le chapitre 7.3.1 (Enfance).
[41] Voir Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 253 et Philippe LEJEUNE Le pacte autobiographique, Seuil, 1975, 1996 (nouvelle édition augmentée), p. 18.
[42] Elizabeth Fallaize explique la différence entre la narration de Fosca et celle de Blomart sur le plan psychologique de deux narrateurs : 'A further important difference operates in the function of the narrative: whereas Blomart the narrator is plagued by doubts and uses his narratives to focus on his own dilemma, Fosca's mind is already firmly made up at the beginning of his narrative. Blomart the narrator constantly evaluates and interprets his past, moving from one subject to another according to the flow of consciousness; Fosca, on the other hand, rarely intervenes in his narrative, confining himself as far as possible to a linear account of events and of the development of his thought in relation to them'. 'Une différence encore plus importante réside dans la fonction narrative : alors que Blomart comme narrateur est harcelé de doutes et focalise sa narration sur son propre dilemme, l'opinion de Fosca est déjà bien faite au début de sa narration. La narration de Blomart évalue et interprète constamment son passé, en passant d'un sujet à l'autre selon l'écoulement de la conscience ; Fosca, par ailleurs, intervient rarement dans sa narration, en se situant du plus loin possible de la linéarité des événements et du développement de sa pensée qui les concerne (Notre traduction)'.
Elizabeth FALLAIZE, The Novels of Simone de Beauvoir, Routledge, 1988, p. 69.
[43] On remarque une immense variabilité sur la vitesse de ce récit : tantôt le récit transcrit la conversation entre les personnages, tantôt il omet l'écoulement du temps en quelques lignes telles que «J'ai dormi soixante ans».
Voir Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., pp. 22-25 (V : Vitesse ).
[44] De plus, en pensant que toute l'amplitude de la narration de Fosca reste extérieure à son début ou même au prologue, on pourrait qualifier cette analepse d'externe. Citons l'expression de Gérard Genette : 'Les analepses extérieures, du seul fait qu'elle sont externes, ne risquent à aucun moment d'interférer avec le récit premier, qu'elles ont seulement pour fonction de compléter en éclairant le lecteur sur tel ou tel «antécédent» [...]'.
Cette analepse même se distingue de la prolepse de la narration de Blomart dans Le Sang des autres, qui foisonne de pleines anticipations.
Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 91.
[45] Ce procédé fait songer à celui de Mémoires d'une jeune fille rangée (1958).
[46] Voir THM, p. 157, p. 269, p. 276, p. 312, p. 461, p. 506.
[47] 'Avant le 6 décembre, le roman à clés est discuté dans 54% des articles, après dans 52% des articles. Il n'y a pas non plus une différence significative concernant le roman à thèse.'
Björn LARSSON, La Réception des «Mandarins», op. cit., p. 30.
[48] L'auteur explique la raison que son héroïne, Anne, n'écrit pas : 'Peignant un écrivain, je désirais que le lecteur vît en lui un semblable et non une bête curieuse; mais beaucoup plus qu'un homme, une femme qui a pour vocation et pour métier d'écrire est une exception. (Ce mot n'est synonyme ni de monstre, ni de merveille; je le prends dans un sens statistique.) (FC I, p. 360)'
[49] Cette scène fait songer au chapitre IV de la première partie de L'Invitée où Élisabeth se prépare pour la soirée de la générale de Jules César.
[50] Voir DS II, pp. 330-391 (Situation, chapitre IV mère). L'auteur raconte que par rapport à la relation de la mère et du fils qui est la moins ambivalente, celle entre mère et fille, les conflits prennent une forme exaspérée.
[51] Parmi de nombreuses oeuvres qui témoignent du caractère personnel de la narration à la première personne telle que Le Tour d'écrou d'Henry James, Roland Barthes cite notamment comme exemple du truquage de cette narration un roman policier d'Agatha Christie, Cinq heures vingt-cinq, où 'un personnage décrit de l'intérieur, alors qu'il est déjà le meurtrier'.
Roland BARTHES, Introduction à l'analyse structurale des récits, in Poétique du récit, Seuil, 1977, p. 41.
[52] Éliane Lecarme-Tabone apprécie le choix du métier de psychanalyste pour Anne : 'Si schématique qu'apparaisse la représentation de la psychanalyste face à son métier, l'attribution de cette étiquette professionnelle à la protagoniste féminine des Mandarins se révèle cependant utile et productive.'
Éliane LECARME-TABONE, Anne, Psychanalyste, in Roman 20-50, juin 1992, N°13, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle Lille III, p. 96.
[53] Björn LARSSON, La Réception des «Mandarins», op. cit., p. 142.
[54] 'Le congrès de psychiatrie qui sert d'occasion au premier voyage américain d'Anne ne suscite aucun développement sur la situation de la psychanalyse aux États-Unis. Anne note simplement qu'elle avait «tout à apprendre» et que «les séances du congrès étaient bien instructives ainsi que les conversations de [ses] collègues»'.
Éliane LECARME-TABONE, Anne, Psychanalyste, op. cit., p. 90.
[55] 'Sans doute peut-on expliquer cette évolution du personnage par la force de la pulsion autobiographique, particulièrement sensible avec le développement de l'épisode américain.'
Éliane LECARME-TABONE, Anne, Psychanalyste, op. cit., p. 91.
[56] On peut remarquer le même phénomène dans Marguerite du recueil des nouvelles Quand prime le spirituel. Voir note 9 du chapitre 1.1 (Quand prime le spirituel).
[57] Josée DAYAN, Malka RIBOWSKA, Simone de Beauvoir, Gallimard, 1979, p. 67.
[58] Voir Anne-Marie LASOCKI, Simone de Beauvoir ou l'entreprise d'écrire, Martinus Nijhoff, La Haye, 1971, p. 130.
[59] José DAYAN, Malka RIBOWSKA, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 30.
Ajoutons que Sartre apprécie ces dernières oeuvres : 'Vos meilleurs livres, du point de vue du style, ce sont certainement les derniers.' ibid., p. 28.
[60] Elizabeth Fallaize propose pour ce roman la voix de la narration externe. Voir Elizabeth FALLAIZE, The novels of Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 119-120. Il est vrai que l'emploi des verbes au présent de l'indicatif rend extrêmement ambiguë la question de savoir 'qui voit' et 'qui parle' exactement (voir Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 203) : les expressions comme 'Laurence se lève; elle sourit à sa mère (BI, p. 14)', 'Laurence se penche sur les dahlias ; ce langage la gêne. (BI, p. 14)', 'Elle s'éloigne. (BI, p. 97)' ou à la fin, 'Quelle chance? elle ne le sait même pas. (BI, p. 183)' nous font penser à la possibilité de l'existence de la vision externe. Pourtant, malgré ces certains cas ambigus que nous avons cités, nous considérons que c'est la perception de Laurence sur quoi se fonde le texte.
[61] On observe ici un seul emploi du passé simple : 'C'était une évidence et elle me foudroya (BI, p. 159)'.
[62] Françoise Arnaud HIBBS, L'Espace dans les romans de Simone de Beauvoir, ANMA Libri, 1988, p. 108. Claire Cayron remarque aussi la permanence du plaisir d'énumérer chez Simone de Beauvoir. Voir Claire CAYRON, La nature chez Simone de Beauvoir, Gallimard, 1973, pp. 165-166.
[63] L'aliénation des femmes devient un des thèmes majeurs dans les dernières oeuvres romanesques de Beauvoir, notamment dans La Femme rompue.
[64] Il ne faut pas oublier que le moi ne peut plus être lucide dans la société de haute technologie et de consommation. Décrire cette société était une des intentions de Beauvoir: 'J'ai repris un autre projet : évoquer cette société technocratique dont je me tiens le plus possible à distance mais dans laquelle néanmoins je vis ; à travers les journaux, les magazines, la publicité, la radio, elle m'investit (TCF, p. 172)'.
[65] Pourtant, on ne pourrait pas dire que cette alternance se lie de façon étroite, c'est-à-dire directe, avec l'évolution psychologique de Laurence ; elle reste toujours en relation indirecte avec celle-ci. Car, même après le voyage en Grèce où Laurence commence à prendre conscience de soi, de son état de prisonnière d'images factices, cette alternance garde jusqu'à la fin du roman un rythme libre et autonome sur le plan stylistique.
[66] Francis JEANSON, Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, op. cit., p. 295.
De même, Beauvoir raconte, juste après la parution des Belles Images, dans une interview accordée au Literatournaïa Gazeta (n°6, 14 février, p.8) : 'Je ne suis absolument pas contre les expériences formalistes des écrivains du 'nouveau roman'. Leurs essais m'intéressent [...] (Traduit du russe)'.
Voir Claude FRANCIS et Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 226.
[67] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Ecrits de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 231-232 (La prière d'insérer de La Femme rompue, Gallimard, 1968).
[68] Anne OPHIR, Regards féminins, Danoël/Gonthier, 1976, p. 38.
[69] Anne Ophir remarque que le problème de la vieillesse se résume dans l'épisode de la petite vieille.
Voir Anne OPHIR, ibid., p. 27.
[70] Elizabeth FALLAIZE, The Novels of Simone de Beauvoir, op. cit., p. 160 (Notre traduction).
[71] Jean-Paul SARTRE, L'Etre et le néant, op. cit., p. 83.
[72] Béatrice DIDIER, Le Journal intime, P.U.F., 1976, p. 178.
[73] Il va sans dire que Beauvoir développe ce thème dans l'essai La Vieillesse. Elle conclut le chapitre V (Découverte et assomption de la vieillesse. Expérience vécue du corps.) de la deuxième partie : 'Même pour les couples qui ont vécu heureux et unis, la vieillesse est souvent un élément de déséquilibre. Chez ceux qui étaient déchirés par des conflits qu'ils surmontaient tant bien que mal, l'âge exaspère les antagonismes (V II, p. 129)'.
[74] Simone de BEAUVOIR, 'Mon expérience d'écrivain', in Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simon de Beauvoir, op. cit., pp. 439-457.
[75] Leo Spitzer divise le sujet autobiographique en deux instances : le je narrant (erzählendes Ich, the narrating I) et le je narré (erzähltes Ich, the narrated I). Il analyse, par exemple, dans le roman A la recherche du temps perdu la distance entre le Moi narrateur et le Moi de l'action.
Leo SPITZER, 'Le style de Marcel Proust' in Études de style, Gallimard, 1970 pour la traduction française.
[76] 'De fait, la cinquantaine est l'âge sacré pour la décision de faire de sa vie un livre.' Jacques LECARME, Éliane LECARME-TABONE, L'Autobiographie, Armand Colin, 1997, deuxième édition 1999, p. 128.
Citons aussi les propos de l'autobiographe: 'A cinquante ans, j'ai jugé que le moment était venu [...]. (FA, p. 11)'
[77] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 218.
[78] Éliane Lecarme-Tabone écrit: 'Sans doute Simone de Beauvoir a-t-elle souhaité gommer la subjectivité de sa narration et lui conférer une apparence de grande objectivité, comme si le récit allait de soi'.
Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, Gallimard, coll. Foliothèque, 2000, p. 47.
[79] Voir W.C.BOOTH, Distance et point de vue, in Poétique du récit, Seuil, 1977.
Pour le mot en anglais: 'implied reader', nous adoptons la traduction en français: le 'lecteur impliqué'. Or, Gérard Genette propose le terme 'lecteur virtuel' pour ce concept.
Voir Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., pp. 93-107.
[80] Il se trouve une phrase suivante: 'Les Mémoires d'une jeune fille rangée avaient plu à beaucoup de gens, mais d'une manière équivoque; ceux qui aimaient La Force de l'âge, je supposais qu'ils étaient de mon bord (FC II, p. 399)'.
[81] Voir Jacques DEGUY, La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, Revue des sciences humaines, op. cit.
[82] Voir Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975, 1996, p. 236 et Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 57-68.
[83] Voir Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., pp. 22-25 (V : Vitesse).
[84] Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 77.
[85] Gérard GENETTE, ibid., p. 253.
[86] Voir MJFR, pp. 473-482.
[87] Voir, Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 158-162.
[88] Nous reviendrons plus tard à l'importance de l'enfance chez cet auteur dans le chapitre 7.3.1 (Enfance).
[89] Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., pp. 206-211.
[90] 'Ce délai lui paraît tragiquement court parce que le temps ne coule pas de la même manière aux divers moments de notre existence: il se précipite à mesure qu'on vieillit (V II, p. 149)'.
[91] Le livre est publié d'abord chez Morihien en 1948.
[92] Nous allons traiter de ce sujet dans le chapitre 3 (La narration dans les essais et les récits de voyage).
[93] Voir aussi les chapitres inédits de L'Invitée. Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 275-316.
[94] Voir, Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., pp. 191-192.
[95] Interviewée par Francis Jeanson, Simone de Beauvoir insiste sur l'importance de la petite enfance : 'Évidemment, cette autre idée, que tout est déjà fait à deux ans, cette importance accordée aux premiers moments, c'est tout à fait freudien, n'est-ce pas... Mais je me demande si tout ne s'est pas joué, entre treize et dix-huit ans, précisément sur le fond que j'avais déjà acquis dans mes premières années, dans ma toute petite enfance -- qui avait été très équilibrée, et très très heureuse, certainement, ce qui m'a donné beaucoup de force pour aborder ensuite les problèmes de l'adolescence.'
Francis JEANSON, Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, op. cit., p. 251.
[96] Jean-Paul SARTRE, L'Etre et le néant, op. cit., p. 645. Plus tard, dans les années cinquante, la méthode de la psychanalyse existentielle évolue : Sartre et Beauvoir appliquent sur l'analyse des écrivains comme Sade, Flaubert et Baudelaire, la 'méthode progressive-régressive' qui embrasse l'époque et la biographie, autrement dit, le marxisme et la psychanalyse. Voir, Jean-Paul SARTRE, Critique de la Raison dialectique précédé de Questions de Méthode, Gallimard, 1960.
[97] Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., p. 91.
[98] 'L'assassinat de Zaza par son milieu a été pour moi une expérience bouleversante et inoubliable (TCF, p. 22)'.
[99] 'L'ombre de Sartre plane même sur les Mémoires d'une jeune fille rangée, récit d'enfance et d'adolescence orienté vers la rencontre finale avec Sartre. Cet événement ouvre de façon décisive l'avenir, tandis que la mort de Zaza (l'amie intime) et la déchéance de Jacques (l'amour de jeunesse), racontée de manière anticipée, marquent la liquidation du passé.'
Jacques LECARME, Éliane LECARME-TABONE, L'Autobiographie, op. cit., pp. 120-121.
[100] 'Simone de Beauvoir lie indissolublement son histoire à celle de Sartre. Elle se fait l'historiographe de son couple, pour en construire, avec ferveur, la légende. Le récit autobiographique est conduit à la première personne du pluriel, le «nous» confondant en un seul être deux personnes qui sont censées agir, sentir, penser, à l'unisson.'
Jacques LECARME, Éliane LECARME-TABONE, L'Autobiographie, op. cit., p. 121.
[101] Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, op. cit., pp. 235-236.
[102] Pour la définition et la fonction des notes, voir Gérard GENETTE, Seuils, op. cit., pp. 293-315.
[103] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simon de Beauvoir, op. cit., p. 390.
[104] 'Toute rêverie sur le hasard fait apparaître, a contrario, le caractère nécessaire du choix fait par la liberté. Cf. par exemple le procédé employé par Simone de Beauvoir dans Tout compte fait, p. 11 à 40.'
Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, op. cit., p. 238.
[105] Toril Moi remarque sur le changement de ton entre la fin de La Force des choses et le début de Tout compte fait : 'La réévaluation optimiste de sa vie au début de Tout compte fait est explicitement destinée, selon moi, à dissiper l'humeur déprimée tellement évidente à la fin de La Force des choses'.
Toril MOI, Simone de Beauvoir Conflits d'une intellectuelle, Diderot éditeur, 1995, p. 461 (note 245).
[106] Voir Geneviève IDT, La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir: rite funéraire et défi littéraire, Revue des sciences humaines, N°192, 1983, p. 19.
[107] Voir CA, pp. 40-42.
[108] Voir Jean-Paul SARTRE, Benny LÉVY, L'Espoir maintenant, Verdier, 1991. (Une série d'entretiens parue dans le Nouvel Observateur en 1980)
[109] Geneviève IDT, La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir: rite funéraire et défi littéraire, op. cit., p. 18.
[110] Voir V II, pp. 131-258 (VI. Temps, activité, histoire).
[111] Voir la séparation entre la partie de 1974 et celle de 1975 (CA, p. 111) où il n'y a pas vraiment de coupure de sens.
[112] Voir V II, pp. 131-258 (VI. Temps, activité, histoire).
[113] Voir, TCF, Prologue.
[114] Jacques LECARME, Éliane LECARME-TABONE, L'Autobiographie, op. cit., p. 231.
[115] Sartre semble préférer l'Italie. Voir Jean-Paul SARTRE, La reine Albemarle ou le dernier touriste, Gallimard, 1991. En ce qui concerne les États-Unis, il a écrit seulement quelques articles : Individualisme et conformisme aux États-Unis (Figaro Février 1945), Ville d'Amérique (Figaro 1945), New-York, Ville coloniale (Town and country 1946), Présentation (Les Temps Modernes Août 1946) in Situations, III, Gallimard, 1949.
[116] 'Comme par le passé, l'Amérique se présente, sous la plume de ses nombreux admirateurs français, comme une société qui, loin d'être aussi parfaite que ne la peignaient les Philosophes, montre néanmoins au monde occidental le chemin à suivre dans sa quête du bonheur.'
Kornel HUVOS, Cinq mirages américains Les États-Unis dans l'oeuvre de George Duhamel, Jules Romains, André Maurois, Jacques Maritain et Simone de Beauvoir, Librairie Marcel Didier, 1972, p. 30.
[117] Il s'agit de cinq numéros des Temps Modernes : N°27 décembre 1947, (I), pp. 970-1003, N°28 janvier 1948, (II), pp. 1199-1232, N°29 février 1948 (III), pp. 1446-1476, N°30 mars 1948, (IV), pp. 1644-1683, N°31 avril 1948, (V), pp. 1814-1844.
La biographe Deirdre Bair remarque : 'Et puis on était très curieux de l'Amérique en France, à l'époque, et ces croquis sur l'Amérique feraient sûrement monter le tirage de la revue.'
Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, traduit de l'anglais par Marie-France de PALOMERA, Fayard, 1991, p. 401.
[118] Le même ouvrage sera publié plus tard chez Gallimard en 1954.
[119] L'Amérique au jour le jour sera traduit en anglais plus tard: America day by day, traduit par Patrick Dudley, New York, Grove Press, 1953, 337p.
[120] Jean-Paul SARTRE, Présentation des Temps Modernes, repris dans Situations, II, Gallimard, 1948, p. 30.
[121] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 145. On peut trouver une discussion identique dans la réfutation de l'article de Nathalie Sarraute qui critique la technique des Mandarins : 'Si scrupuleuse quand il s'agit de dépiauter une ambition ou un dépit, croit-elle qu'il suffit de rapports et de statistiques pour rendre compte de la vie d'une usine ou d'un H.L.M.? Les collectivités, les événements, les foules, les relations des hommes aux autres hommes et aux choses, tous ces objets bien réels, et irréductibles à nos palpitations souterraines, méritent et exigent l'éclairage de l'art. (FC I, pp. 369-370)'
[122] Béatrice DIDIER, Le journal intime, op. cit., p. 140.
[123] Jacques DEGUY, La Nausée de Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 40.
[124] Jean ROUSSET, Forme et signification, José Corti, p. 1962, pp. 69-70. Il dit d'ailleurs dans la même page : 'le roman par lettres, en s'opposant aux mémoires fictifs, se rapproche du journal, va parfois jusqu'à se confondre avec lui : il y a des suites de lettres qui sont autant de fragments d'un journal intimes.'
[125] Voir Jacques DEGUY, La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., p. 76.
[126] Voir Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, op. cit..
[127] Jacques DEGUY, La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., p. 77. Voir aussi Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 33.
[128] Éliane Lecarme-Tabone écrit sur cette narration : 'L'usage de la première personne permet, par ailleurs, le surgissement, ici ou là, de souvenirs d'enfance ponctuels, présentés comme tels, et liés à quelque plaisir intense, remémoré par association d'idées avec une sensation actuelle.'
Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 34 et pp. 211-212.
Voir aussi Claire CAYRON, La nature chez Simone de Beauvoir, Gallimard, coll. «Les Essais», 1973, pp. 89-91 et Jacques DEGUY, La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit.
[129] Nous en traiterons dans le chapitre 4.5.1 (Zaza).
[130] Sur le goût d'exhaustivité, voir Claire CAYRON, La nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 159-160.
[131] Ibid., pp. 120-121.
[132] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 401.
[133] Voir Kornel HUVOS, Cinq mirages américains Les États-Unis dans l'oeuvre de George Duhamel, Jules Romains, André Maurois, Jacques Maritain et Simone de Beauvoir, op. cit., p. 89.
[134] Selon Deirdre Bair, la contribution de Nelson Algren sur cet essai est non négligeable: 'Algren fut responsable de la coloration américaine du Deuxième Sexe. Ce fut lui qui suggéra d'abord à Beauvoir de procéder à son étude des femmes à la lumière de ce que vivaient les Noirs dans une société américaine marquée par les préventions, et qui l'initia à la littérature contemporaine sur les Noirs américains, à commencer par les livres de Myrdal.'
Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 448. Voir aussi Jean-Pierre SACCANI, Nelson et Simone, Éditions du Rocher, 1994, p. 104.
[135] Dans le scénario du film Simone de Beauvoir, Beauvoir exprime la motivation de la rédaction de cet essai : «je voulais rédiger peut-être un essai sur moi, pas exactement mes Mémoires». Josée DAYAN, Malka RIBOWSKA, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 67.
[136] Simone de BEAUVOIR, Brigitte Bardot and the Lolita Syndrome, (Esquire, août 1959), traduit de l'anglais in Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 32-38.
[137] Ibid., p. 370.
[138] Sur l'épisode américain dans ce roman, Beauvoir écrit à Nelson Algren : 'J'espère fort avoir réussi ça, bien qu'il ne constitue qu'une petite partie du roman, mais essentiel par son rapport à l'ensemble et par son sens. (LNA, p. 536, le 30 avril 1954)
[139] 'Sans doute peut-on expliquer cette évolution du personnage par la force de la pulsion autobiographique, particulièrement sensible avec le développement de l'épisode américain.'
Éliane LECARME-TABONE, Anne, Psychanalyste, op. cit., p. 91.
[140] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 398.
[141] La biographe Deirdre Bair écrit d'une façon suivant : 'Beauvoir précisait, dans son introduction, que ses lecteurs lui avaient écrit pour lui signaler des erreurs dans le tome précédent, et elle s'excusait d'avance de celles qu'elle pouvait avoir faites dans celui-ci, répétant: «...jamais je n'ai délibérément triché.» Elle aurait sans doute dû ajouter que la Force des choses est un livre où elle ignore ou élude ce dont elle ne veut pas parler, habituellement en brouillant la chronologie ou en télescopant plusieurs événements dans une même description.'
Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 564.
[142] Jean-Pierre SACCANI, Nelson et Simone, op. cit., p. 8.
[143] Par exemple, à propos du problème du tiers vis-à-vis de leur union, Beauvoir avoue : 'Sur ce point, une discrétion nécessaire a compromis l'exactitude du tableau peint dans La Force de l'âge [...]. (FC I, p. 177)'
[144] Geneviève IDT et Jean-François LOUETTE Sartre et Beauvoir : «Voilà de la lettre ou non?», in Expérience limites de l'épistolaire, textes réunis et présentés par André Magnan, Honoré Champion, 1993, p. 292.
[145] 'Dans les Lettres à Nelson Algren, Simone raconte à plusieurs reprises son enfance et son adolescence. On trouve déjà dans ces récits condensés, de façon fragmentée et dans une perspective strictement individuelle, le schéma des futurs Mémoires d'une jeune fille rangée.'
Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 212.
[146] Dans l'Intermède de La Force des choses, Beauvoir exprime son désir de décrire son travail : 'Dans Les Mandarins j'ai échoué à montrer combien le travail de mes héros comptait pour eux; j'espérais ici mieux parler du mien : je me leurrais. Le travail ne se laisse guère décrire : on le fait, c'est tout. (FC I, p. 371)'
[147] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 179.
[148] 'Et c'est au développement d'une littérature progressiste qu'elle se consacre, pour sa part, suivant les objectifs que son personnage, Dubreuilh, assigne à l'écrivain de gauche : «faire voir les choses dans une perspective neuve, en les replaçant à leur vraie place».'
Claire CAYRON, La nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., p. 203.
[149] Ibid., p. 203.
[150] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 527.
[151] Citons l'expression de Kornel Huvos : 'Notons d'ailleurs que la réputation d'américanophobe dont la romancière semble jouir aux États-Unis et en Europe est injustifiée : le grand public peu averti, qui ne connaît que superficiellement l'Amérique au jour le jour, et un peu moins superficiellement les Mandarins et certains chapitres «croustillants» du Deuxième sexe, se plaît à la classer, avec l'attitude de paresse intellectuelle typique des amateurs de best-sellers et d'idées générales préfabriquées, dans la catégorie des américanophobes inflexibles. Or, il nous semble que cette classification simpliste ne fait point justice de la sympathie souvent touchante dont Simone de Beauvoir a témoigné pour d'innombrables phénomènes essentiels de la civilisation américaine; à nos yeux, l'image qu'elle a tracée de l'Amérique est celle que trace une amie pleine d'élans sentimentaux que certains préjugés insurmontables empêchent de se donner tout entière : elle est en réalité une américanophile gênée par son respect humain gauchiste.'
Kornel HUVOS, Cinq mirages américains Les États-Unis dans l'oeuvre de George Duhamel, Jules Romains, André Maurois, Jacques Maritain et Simone de Beauvoir, op. cit., p. 346.
[152] Pour le mot en anglais: 'implied author', nous adoptons la traduction en français: 'l'auteur impliqué'. Voir W.C.BOOTH, Distance et point de vue, op. cit. Or, Gérard Genette critique l'idée de 'l'auteur impliqué' chez W.C.Booth, c'est-à-dire la multiplicité de l'idée de l'auteur. Voir Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., pp. 93-107. Pourtant, ce concept convient bien ici pour représenter la variété en instance narrative de la narration à la première personne chez Simone de Beauvoir.
[153] Jean-Raymond AUDET, Simone de Beauvoir face à la mort, op. cit., p. 139.
[154] Citons le texte concernant l'oncle Maurice, beau-frère du père du je-narré : 'Mon oncle Maurice, après s'être nourri exclusivement de salade pendant deux ou trois ans, était mort d'un cancer à l'estomac, dans des souffrances affreuses (MJFR, p. 228)'. Dans Une mort très douce , le souvenir de sa mort est rappelé : 'Quand j'avais quinze ans, mon oncle Maurice était mort d'un cancer à l'estomac. On m'avait raconté que pendant des jours il avait hurlé: «Achevez-moi. Donnez-moi mon revolver. Ayez pitié de moi.» (MTD, p. 81)'
Ainsi, le contenu de l'agonie devient plus concret. Le discours du malade rapporté de façon mimétique, constitue une image qui traverse à plusieurs reprises l'esprit à la narratrice dont la mère souffle aussi le cancer.
[155] Valérie Danielou-Stemmer rapproche, à travers l'utilisation du mot 'irréversible', la description de la fin de l'oncle Gaston avec la situation du moment de la rédaction de Beauvoir, effrayée par deux crises de Sartre : 'Inquiétude et prémonition du je-narré, se projetant dans cette image de couple au seuil de la séparation? ou du je-narrant, qui écrit ce texte entre octobre 1956 et mars 1958, alors que Sartre vient de connaître en juin 1954 une première grave alerte de santé (rapportée dans La Force des choses: 'quelque chose d'irréversible était arrivé'; on retrouve le même mot, 'irréversible', dans les deux textes)'.
Valérie DANIELOU-STEMMER, Simone de Beauvoir, roman et autobiographie: un diptyque? "pour une esthétique de l'ambiguïté", thèse soutenue en 2001 à l'Université de Rennes 2, p. 260.
[156] Francis Jeanson analyse cette préfiguration de la mort : 'Toute son oeuvre, toute sa vie ne seront plus alors qu'une lutte sans répit contre l'être même du Néant (le fantôme de sa propre absence à venir ou l'éventuel non-sens de sa présence) et contre le néant de l'Etre (l'illusion d'une présence et d'un sens à jamais donnés) : disons qu'il s'agira d'une lutte angoissée contre l'ennui de vivre et l'horreur de mourir.'
Francis JEANSON, Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, op. cit., p. 123.
[157] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Deux chapitres inédits de «L'Invitée» in Les Ecrits de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 285-286.
[158] Anne raconte cet épisode à Lewis Brogan de façon succincte dans Les Mandarins : 'Un jour, en montagne, j'ai roulé le long d'un éboulis, j'ai pensé que j'allais mourir et il n'y avait en moi qu'indifférence; je reconnaissais cette résignation. J'aurais seulement voulu pouvoir fermer les yeux (M II, p. 53)'.
Voir aussi Valérie DANIELOU-STEMMER, Simone de Beauvoir, roman et autobiographie: un diptyque? "pour une esthétique de l'ambiguïté", op. cit., p. 258.
[159] Jean-Paul SARTRE, Les Mots, Gallimard, 1964, folio tirage 1992, p. 188.
[160] Beauvoir dote du même genre de rêve ses personnages Fosca dans Tous les hommes sont mortels et Anne dans Les Mandarins. Fosca, condamné à être immortel, tente de toucher en vain la mort dans son rêve : 'Je me mis à courir, mon coeur battait à tout rompre; les eaux jaunes étaient sorties de leur lit avec un bruit de tonnerre, elles déferlaient vers moi et je savais que si leur écume m'effleurait, mon corps se couvrirait de taches noires et d'un seul coup je serais réduit en cendres. Je courais, mes pieds touchaient à peine la terre. En haut de la montagne, il y avait une femme qui me faisait signe: Catherine; elle m'attendait. Dès que j'aurais touché sa main je serais sauvé. Mais le sol s'enfonçait sous mes pas, c'était un marécage, je ne pouvais plus courir; soudain la terre s'effondra, j'eus à peine le temps de lever la main en criant: Catherine! et je fus englouti dans une boue brûlante. Je pensai: «Cette fois je ne rêve pas, cette fois je suis enfin mort pour de bon.» (THM, p. 363)'
D'autre part, Anne, après la fête de Noël, se replie sur elle-même en pensant aux disparus avec ses remords dans son monologue : 'Je me suis endormie et j'ai rêvé que j'étais morte. Je me suis réveillée en sursaut et la peur était toujours là. Depuis une heure, je me débats contre elle; elle est encore là, et la mort continue à rôder (M I, p. 70)'.
[161] Sur le rôle de la fête dans les oeuvres de Simone de Beauvoir, voir aussi, Geneviève GENNARI, Simone de Beauvoir, Paris, Éditions Universitaires, coll. 'Classiques du XXe siècle', 1958, pp. 116-118.
[162] Roger Caillois rapproche la fête de la guerre, deux paroxysmes de la société primitive : 'La similitude de la guerre avec la fête est donc ici absolue : toutes deux inaugurent une période de forte socialisation, de mise en commun intégrale des instruments, des ressources, des forces ; elles rompent le temps pendant lequel les individus s'affairent chacun de son côté en une multitude de domaines différents. A leur tour, ceux-ci dépendent les unes des autres pour se chevaucher mutuellement bien plus que pour occuper une place définie pour une structure rigoureuse'.
Roger CAILLOIS, L'Homme et le sacré, Gallimard, 1950, pp. 229-230.
[163] Sur ce sujet, voir aussi, Francis JEANSON, Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, op. cit., pp. 123-124.
[164] Dans l'essai La Vieillesse (V II, p.140) et aussi dans Tout compte fait (TCF, p. 139), Beauvoir continue de s'interroger sur le désarroi qu'elle a éprouvé face à la mort de Dullin avec qui elle n'avait pourtant pas eu de vraie intimité.
[165] Il faut signaler aussi l'absence de l'ombre de la mort dans les derniers romans de Simone de Beauvoir, sauf le suicide de la fille de l'héroïne, Sylvie, dans Monologue.
[166] Jean-Paul SARTRE, Huis clos, Gallimard, 1947, Folio tirage 1997, p. 90.
[167] 'Elle buvait, nous dit-elle, parce qu'elle savait Dullin malade et que l'idée de sa mort la terrorisait. Cependant elle lui rendait la vie infernale par des scènes d'une extrême violence à propos de son travail artistique, de questions d'argent, de tout et de rien. [...] Elle n'alla presque jamais le voir à l'hôpital et n'était pas auprès de lui quand il mourut (TCF, p. 96)'.
[168] Toril MOI, Simone de Beauvoir Conflits d'une intellectuelle, op. cit., p. 455 (note 206). Pour savoir comment Beauvoir traite Franz Fanon dans La Force des choses, voir aussi pp. 325-341.
[169] Nous y reviendrons plus tard dans ce chapitre et dans le chapitre 7.2.1.3 (Simone Jollivet (appelée Toulouse, Camille, Myette).
[170] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 534-535.
Or, Olivier Todd mentionne un des derniers jours de cette actrice dans son livre Un fils rebelle : 'Il [Sartre] en souffrira une fois, durement : quand une jeune actrice frémissante, l'une de ses longues amours contingentes, se suicida. Pour des raisons qui, je le crains, ramènent souvent à Sartre : leurs rapports s'éteignaient, elle ne jouait plus, ayant surtout eu des rôles dans les pièces de Sartre. Chavirée, bouleversée, les yeux rentrés dans des orbites creuses, elle m'expliqua tout cela dans un bistrot de la rue de l'Université quelques semaines avant sa mort :
-- Sartre ne se rend pas compte, répétait-elle.'
Olivier TODD, Un Fils rebelle, Grasset, 1981, p. 117.
[171] Voir V II, pp. 139-140.
[172] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 690.
[173] Ibid.
[174] Dans le premier chapitre de son roman L'Arbre, Sartre projetait de raconter la mort de Zaza. Voir FA, p. 55.
[175] La véritable raison des hésitations du personnage de Pradelle (Maurice Merleau-Ponty) reste incertaine. Voir, Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 137-140.
[176] Beauvoir évite de rapporter certains détails dans ses Mémoires, en pensant à sa mère. Citons son témoignage : 'Des années plus tard, elle reconnaissait que de «ces quelques incidents dont j'ai parlé dans mes Mémoires à propos d'hommes qui voulaient me violer ou ce genre de chose -- je n'ai raconté que les moins effrayants. Ma mère vivait encore quand j'ai écrit ce livre [La Force de l'âge] et je ne voulais pas l'inquiéter»'.
Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 204.
[177] Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 72-75.
[178] Claire CAYRON, La nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 163-168.
[179] Valérie DANIELOU-STEMMER, Simone de Beauvoir, roman et autobiographie: un diptyque? "pour une esthétique de l'ambiguïté", op. cit., p. 254.
[180] Voir TCF, p. 169.
[181] Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, L'Harmattan, 1998, p. 139.
[182] 'Plus austère et janséniste que jamais dans son apparente et intermittente frivolité, La Cérémonie des adieux, acte social et texte littéraire refusant la littérature, exprime le dénuement et dénonce le mensonge de la beauté [...].'
Geneviève IDT, La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir: rite funéraire et défi littéraire, op. cit., p. 33.
[183] Valérie DANIELOU-STEMMER, Simone de Beauvoir, roman et autobiographie: un diptyque? "pour une esthétique de l'ambiguïté", op. cit., p. 256.
[184] Ibid.
[185] Laurent GAGNEBIN, Simone de Beauvoir ou Le refus de l'indifférence, Fischbacher, 1968, p. 73.
[186] Jean-Paul SARTRE, Qu'est-ce que la littérature? in Situations, II, Gallimard, 1948, pp. 70-71.
[187] Voir Alain BUISINE, Laideurs de Sartre, Presses Universitaires de Lille, 1986, pp. 18-20.
[188] Geneviève IDT, La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir: rite funéraire et défi littéraire, op. cit., p. 25.
[189] LNA, p. 173 (Jeudi 12 février 1948). Voir aussi la lettre du 17 février.
[190] Simone de BEAUVOIR, Les Bouches inutiles, Gallimard, 1945, p. 67.
[191] Jean-Raymond AUDET, Simone de Beauvoir face à la mort, op. cit., p. 138.
[192] Interview avec Jacqueline Piatier dans Le Monde, le 18 avril 1964.
[193] Le titre provisoire du roman Les Mandarins. Voir FC I, p. 346.
[194] Citons aussi l'expression de Valérie Danielou-Stemmer: 'Et ce prénom devient alors le signal à chaque fois de l'émergence du doute et de la mauvaise conscience, le symbole du renoncement.'
Valérie DANIELOU-STEMMER, Simone de Beauvoir, roman et autobiographie: un diptyque? "pour une esthétique de l'ambiguïté", op. cit., p. 377.
[195] Bien entendu, la mort du personnage de Sézenac dans Les Mandarins est exceptionnelle: drogué, il donne un 'spectacle difficile à supporter (M II, p. 464)' avant d'être tué.
[196] Sans doute, il y a une influence de Sartre sur certains personnages masculins chez Simone de Beauvoir. Interrogée sur la perception de la mort de Sartre, Beauvoir répond: 'Sartre, du moment qu'il écrit, il est heureux. Il n'est pas question ici du plan des idées: quand j'ai appris que j'allais disparaître, ce fut une expérience intime, existentielle, me révélant le rapport temps-néant; pour Sartre, il n'y a pas de néant: il trouvera l'immortalité dans ses oeuvres; pour moi, une conscience qui s'éteint, c'est scandaleux: mort signifie absence; vu que je serai absente à mon oeuvre, je ne me sens pas immortelle par mon oeuvre ou alors c'est une immortalité pas du tout intéressante'.
Jean-Raymond AUDET, Simone de Beauvoir face à la mort, op. cit., p. 139.
[197] Sur la situation des femmes dans les romans beauvoiriens, voir aussi Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., pp. 143-152 (7. De la femme divisée à la femme mutilée ou des oeuvres polyphoniques aux oeuvres monophoniques). Pour la mort solitaire et incomprise, on peut ajouter la mort de Jeanne, tuée par son mari vicieux, dans Les Bouches inutiles.
[198] '[...] Simone de Beauvoir tend à doter ses héroïnes de ses propres angoisses et de ses propres réactions, de son propre caractère en quelque sorte.'
Jean-Raymond AUDET, Simone de Beauvoir face à la mort, op. cit., p. 60.
[199] Alain BUISINE, Laideurs de Sartre, op. cit., p. 21.
[200] Ibid.
[201] Simone de BEAUVOIR, 'Mon expérience d'écrivain', in Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simon de Beauvoir, op. cit., pp. 451-452.
[202] Dans Les Mots, parus en 1964, Jean-Paul Sartre utilise le vrai nom 'Maheu' pour un des meilleurs amis du je-narré à l'École normale.
[203] 'Il y eut des cris mais pas d'embrassements et ma mère s'enferma dans sa chambre pour pleurer: on avait troqué sa fillette contre un garçonnet. Il y avait pis : tant qu'elles voltigeaient autour de mes oreilles, mes belles anglaises lui avaient permis de refuser l'évidence de la laideur.'
Jean-Paul SARTRE, Les Mots, op. cit., p. 87.
Il avait écrit en effet à Simone Jollivet en 1926: 'A partir de 5 ans, mes cheveux coupés ont entraîné avec eux cette splendeur éphémère, je suis devenu laid comme un crapaud, beaucoup plus laid encore qu'à présent.'
Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, Gallimard, 1983, p. 19.
[204] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 270.
[205] Toril MOI, Simone de Beauvoir conflits d'une intellectuelle, op. cit., p. 26.
[206] Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 95.
[207] Sur la rencontre Sartre-Beauvoir, devenue presque mythique grâce aux Mémoires de Beauvoir, Annie Cohen-Solal invoque le témoignage de Maurice de Gandillac: 'Cependant, un de leurs camarades de cette année-là, Maurice de Gandillac, donne une version un peu différente de ces premiers moments: «Ce ne fut pas du tout, nous dira-t-il, dans le genre 'Enfin Sartre vint' comme elle se plaît à le raconter dans ses mémoires; il y avait tout un groupe de gens, de contemporains, qui se connaissaient plus ou moins, se fréquentaient, et cela durant un certain temps; parmi eux, Sartre, Nizan, Maheu, Merleau-Ponty, Simone de Beauvoir et moi-même. [...] Mais tout cela prit place au long de cette année universitaire au cours de laquelle nous préparions l'agrégation.» Pas de «coup de foudre» donc, semble-t-il, selon Gandillac, mais un rapprochement plus lent, plus raisonné, et peut-être plus banal qu'on ne l'imagine.'
Annie COHEN-SOLAL, Sartre, Gallimard, 1985, Folio, pp. 151-152.
[208] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 543 et p. 729 (note11 du chapitre III).
[209] Voir FA, pp. 240-243.
[210] Citons ici la définition du maniaque selon notre auteur : 'Le maniaque vit dans un univers totalitaire, bâti sur des règles, des pactes, des valeurs qu'il tient pour des absolus; c'est pourquoi il ne peut admettre la moindre dérogation : elle lui découvrirait la possibilité de s'évader de son système, donc elle en contesterait la nécessité et tout l'édifice s'écroulerait. La manie ne se justifie que par une perpétuelle affirmation d'elle-même (FA, p. 109)'.
[211] Dans La Force de l'âge, c'est Marco (Marc Zuorre) qui regarde Olga et Bost par le trou de la serrure.
[212] Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, septembre 1939-mars 1940, Gallimard, 1995, p. 275.
[213] Sur ce point, sa biographe Bair aussi suggère la réalité qui était 'infiniment plus complexe' que ce que Beauvoir a écrit dans le roman L'Invitée.
Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 238.
[214] Sur le processus de mythification dans la biographie, voir Daniel MADELÉNAT, La Biographie, P.U.F., 1984, p. 192.
[215] 'L'histoire avait deux conclusions; je choisissais l'une ou l'autre suivant mon humeur. Dans mes jours maussades, je me voyais mourir sur un lit de fer, haï de tous, désespéré, à l'heure même où la Gloire embauchait sa trompette. D'autres fois je m'accordais un peu de bonheur.'
Jean-Paul SARTRE, Les Mots, op. cit., p. 154.
[216] Au-delà de la rivalité de situation et d'intérêt affectif entre la compagne d'un demi-siècle et la fille adoptive, Geneviève Idt voit la différence de la perception du temps, de la finitude et de la mort entre elles.
Geneviève IDT, La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir: rite funéraire et défi littéraire, op. cit., p. 20 (note 23).
[217] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 338-339.
[218] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 450.
[219] Daniel MADELÉNAT, La Biographie, op. cit., pp. 139-140.
[220] Voir Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit.
[221] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., préface de Simone de Beauvoir.
[222] En effet, ce problème nous rappelle une fameuse idée exprimée par André Gide ou par François Mauriac: 'la vérité est dans le roman'.
Voir Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, op. cit., p. 41.
[223] 'Aux divines lucidités s'opposent les trop constatables relativités: les images de Sartre, écloses au lendemain de sa mort, se dissemblent; sans doute, ces instantanés troublés par l'affectivité céderont la place à des travaux in vitro; mais, en biographie, il n'est pas de futur où parallèles et divergences se rejoignent.'
Daniel MADELÉNAT, La Biographie, op. cit., p. 82.
En effet, dans La Cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir prend position contre l'image de Sartre proposée par Olivier Todd dans le livre Un Fils rebelle, tout en niant le rapport paternel entre eux que suggère le titre de ce livre.
[224] Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., p. 132.
[225] Voir Daniel MADELÉNAT, La Biographie, op. cit., pp. 95-106 (chapitre II La connaissance de l'autre).
[226] Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 229.
[227] Citons ici l'expression de Philippe Hamon sur le choix arbitraire du nom et du prénom du personnage : 'L'étiquette (de papier) est déjà «étiquette» (convention sociale, norme), le mode d'apparition, isolé ou groupé, écrit ou dit, inscrit ou parlé, calligraphié ou «cloué», le «caractère» (typographique) anticipe sur le «caractère» (psychologique) du personnage. Comme le nom de Rougon et de Macquart inscrits en «titre» à la série, certaines inscriptions de noms peuvent désigner les personnages «insignes» privilégiés. Le nom, avant d'être un signe (plus ou moins «arbitraire», plus ou moins «motivé», plus ou moins chargé de «sens») peut donc être une «enseigne», c'est-à-dire inscription publique qui signale, indique, souligne, et dénote un «notable». C'est surtout, alors, un instrument de focalisation important, focalisation de l'attention du lecteur, ou des personnages délégués, soit sur un personnage «insigne», «important» (celui dont le nom est inscrit), soit sur un contenu symbolique important, soit sur l'importance du moment précis où le personnage de déchiffreur de nom déchiffre le nom.'
Philippe HAMON, Le personnel du roman, Droz, Genève, 1983, p. 139. Voir également Pour un statut sémiologique du personnage, in Poétique du récit, Coll. Points, Seuil, 1977, pp. 136-142.
[228] Yves BAUDELLE, Poétique des noms de personnages in Cahiers de narratologie N°6, Klincksieck, 1994, p. 81.
[229] Sur la fonction du pseudonyme en général, voir Maurice LAUGAA, La pensée du pseudonyme, P.U.F., 1986.
[230] Paul Renard donne un exemple sur le jeu onomastique entre le personnage des Mandarins 'Lewis Brogan' et l'écrivain américain 'Nelson Algren', son modèle: 'même nombre de syllabes pour les prénoms et les noms, ces derniers contenant quatre sons communs.' Paul RENARD, Des Mandarins aux Samouraïs, ou de l'engagement existentialiste à l'individualisme poste-moderne, in Roman 20/50, juin 1992, N°13, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle Lille III, p. 118.
[231] Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, Albin Michel, 1998, p. 128.
[232] Soixante-seize candidats se présentèrent à l'agrégation de philosophie en juin 1929. Élisabeth Lacoin (Élisabeth Mabille) rapporte l'événement à son amie : 'L'infortuné Gandillac est reçu, mais neuvième seulement, ce qui doit, tel que je le connais, lui être très pénible.'
Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, Seuil, 1991, p. 332.
Maurice de Gandillac relate lui aussi ce concours : 'Le jour d'août où se proclament les résultats, je passe volontairement la journée à Eragny auprès d'un jeune filleul. Rentrant le soir, je trouve le mot laissé par Schwob au 111 : Sartre est premier, Simone deuxième; après eux, Boivin et Hyppolite ex æquo, avant Nizan et Savin. Lui-même huitième, il me précède d'une encolure. (Sur mon journal je note : «Juste avant la charrette des demi-condamnés.» Je ne sais exactement ce que j'ai écrit, plus ou moins dépité, au président du jury, responsable d'un sujet («la déduction dans les sciences inductives») qu'à son sens je compris de travers. Dans sa lettre de consolation, Lalande m'informe que ma leçon sur «les goûts et les couleurs» dont «on ne doit disputer» a été «considérée comme l'une des meilleures et notée 15»'.
Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, op. cit., p. 136.
[233] Maurice de Gandillac fait une objection à une image que donne la description des Mémoires d'une jeune fille rangée : 'Enfin Sartre vint'.
Annie COHEN-SOLAL, Sartre, op. cit., pp. 151-152.
[234] Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, op. cit., p. 366.
[235] Philippe HAMON, Pour un statut sémiologique du personnage, op. cit., p. 140.
[236] Voir le chapitre 4.5.1 (Zaza).
[237] Marie-Thérèse MORLET, Dictionnaire Étymologique des Noms de Famille, Perrin, 1991. Notons que le nom 'Mabille' fait penser également au bal Mabille qui se trouvait sur les Champs-Élysées au XIXe siècle. Ce lieu bourgeois et mondain a beaucoup inspiré Zola. L'image frivole et décadente qu'évoque le bal Mabille peut être une ironie envers Mme Lacoin qui affiche sa morale chrétienne.
[238] Philippe Hamon donne l'exemple de quelques personnages maupassiens.
Philippe HAMON, Pour un statut sémiologique du personnage, op. cit., p. 150.
[239] Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 228.
[240] Ibid., p. 229.
[241] En effet, Zaza témoigne de cette rivalité contre sa soeur aînée dans ses carnets : 'J'ai commencé à aimer André aux vacances du Jour de l'an pendant lesquelles j'ai eu quinze ans, décembre 1922. J'étais encore une petite fille mal habillée et laide. Je souffrais atrocement de me sentir ridicule et parce que, entre Maman et moi, il y avait toujours Zon qui empêchait toute intimité et m'éloignait d'elle. André m'a donné toute la joie qu'on peut donner en ce monde à un autre être, il m'a changée.'
Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 85.
[242] Zaza correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin présente dans les pages 358-360 la même lettre adressée à Simone de Beauvoir. Cependant, cette partie que nous avons cité est coupée. L'éditeur explique, dans la note de l'éditeur, que 'les passages dont la répétition aurait été fastidieuse' sont seulement supprimés. Il aurait dû préciser le critère de l'omission autrement.
[243] Élisabeth Lacoin écrit à Geneviève de Neuville (Geneviève de Bréville) de Berlin le 25 janvier 1929 : 'Marie-Thérèse m'a appris ses fiançailles, maintenant toutes les lettres qui arrivent de la maison ne parlent que de la joie de Zon, de son épanouissement, de l'entrain avec lequel elle s'occupe de la bague, du trousseau, du mariage. Je sens une telle atmosphère de fête rue de Berri, tant d'amusante excitation chez les jumelles, tant de fierté et de lyrisme chez Grand'Mère que rester seule ici pendant des moments pareils me paraît encore plus pénible ; j'aurai bien du mal à attendre jusqu'à vendredi.' Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 213.
Or, à Simone de Beauvoir, elle écrit le contraire dans la lettre datée du 17 janvier 1929, citée d'ailleurs partiellement dans les Mémoires d'une jeune fille rangée : 'A la maison, je sens que tout le monde est déjà complètement absorbé par les faire-part, les félicitations reçues, les cadeaux, la bague, le trousseau, la couleur des demoiselles d'honneur (je crois que je n'oublie rien) ; et ce grand remue-ménage de formalités ne me donne pas grande envie de rentrer, je commence à avoir tellement perdu l'habitude de tout cela !' Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 208 et MJFR, p. 424.
Devons-nous penser, comme Zaza le déclare au je-narré dans les Mémoires d'une jeune fille rangée, que 'sa sympathie pour Geneviève était très limitée (MJFR, p. 357)'?
[244] Élisabeth Lacoin écrit à Hans Miller le 7 février 1929 : 'J'ai à peine reconnu Marie-Thérèse. La joie des fiançailles l'a beaucoup rajeunie, elle est devenue vivante et plus aimable.'
Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 221.
[245] Voir Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 218, p. 257, p. 267.
[246] Lettre adressée à Hans Miller datée du 15 mai 1929. Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 261.
[247] Susan Rubin SULEIMAN, Le Roman à thèse ou l'autorité fictive, op. cit., p. 74.
[248] Les Carnets d'Élisabeth Lacoin reflètent aussi la trace de l'amour de José Le Core, 'aveugle et triste', pour Maurice Merleau-Ponty. Voir Élisabeth LACOIN, Zaza Correspondance et carnets d'Élisabeth Lacoin, op. cit., p. 219, p. 223, p. 276, pp. 319-320.
[249] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 148.
[250] Voir, Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 137-140 (La responsabilité de «Pradelle»).
[251] 'Si son «Herbaud» fait authentiquement revivre Maheu, à son «Pradel» Merleau-Ponty ne correspond que très partiellement.'
Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, op. cit., p. 128.
Et, ce témoin masculin privilégié éclaire aussi la situation sur son ami Merleau-Ponty: 'Je ne lirai que dans bien longtemps, boulevard Raspail chez un frère cadet de Zaza, les lettres de Maurice éliminant la thèse d'une brutale rupture après l'«enquête de moralité» sur la famille Merleau-Ponty, -- au vrai, banale correspondance entre ancien X, qui n'a pu entraîner, même indirectement, la soudaine «eucéphalo-myélite», sans doute d'origine virale, qui, provoquant des phases de délire, emporta notre amie en moins de deux semaines.
Hésitant en matière politique et religieuse, Maurice n'était certainement pas prêt, un an avant l'agrégation, à s'engager dans le mariage, mais à celle qui ne fut jamais sa fiancée officielle il venait justement d'offrir une bague, la déclarant «déjà bien aimée» dans le pneu même où il lui disait, le 11 novembre, que, voulant être proche de sa maman, il remettait à plus tard une déclaration publique de leur engagement.'
Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, op. cit., p. 146.
[252] 'Dès notre première rencontre, Maurice, très brun, les cheveux ondulés, me frappe par son regard à la fois doux et pénétrant, mais aussi par son caractère «pudique et réservé».' Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Souvenirs de neuf décennies, op. cit., p. 110.
[253] 'C'est Maurice Merleau-Ponty, comme toujours le plus raisonné, le plus raisonnable de l'équipe [...]'.
Annie COHEN-SOLAL, Sartre, op. cit., p. 501.
[254] Éliane LECARME-TABONE, Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 137.
[255] Clara Malraux, qui publie entre 1963-1979 ses mémoires, le Bruit de nos pas, évoque, dans le quatrième volume, des souvenirs de Renée Ballon sans pourtant citer son nom. En faisant un renvoi à des pages de La Force de l'âge, elle n'entre pas dans le détail de cette 'comédie-vérité'.
Voir Clara Malraux, Voici que vient l'été, Grasset, 1973, pp. 191-192.
[256] Voir aussi JG, p. 148 et LS I, p. 264.
[257] Sur la fréquentation des hommes de Marc Zuorro, Sartre écrit longuement au Castor en 1937. Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., pp. 161-166.
[258] Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., pp. 72-73.
Un passage de Journal de guerre montre aussi que le personnage de Daniel est fort inspiré par Marc Zuorro. 'J'ai bien dormi, et calmement -- rêvé de Zuorro qui avait du rouge aux lèvres et qui était d'ailleurs fort joli et que [je] retrouvais avec émotion. C'est à cause de Daniel dans le roman de Sartre et des lèvres du jeune homme d'hier que j'avais trouvées charmantes (JG, p. 278)'.
Sur la situation de la rédaction au mois d'octobre 1939 où Sartre travaille sur le personnage de Daniel, voir aussi Isabelle GRELL-FELDBRÜGGE, La création de quelques personnages dans Les Chemins de la liberté (L'Age de raison, Le Sursis, La Mort dans l'âme, La Dernière chance) de Jean-Paul Sartre. Étude génétique, thèse soutenue en 2001 à l'Université de Grenoble III, p. 136.
[259] Il y a aussi un travail de recherche intérieure au sujet de la pédérastie chez Sartre.
Voir Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., pp. 119-120 et p. 517.
[260] Jean-Paul SARTRE, Les Chemins de la liberté, I, L'Age de raison, Gallimard, 1945, p. 91.
[261] Ibid., pp. 305-306.
[262] Notons aussi le fait que, lorsque la narratrice rédigeait La Force de l'âge en 1960, Marc Zuorro avait déjà quitté ce monde (il est mort dans un accident d'auto en Algérie en 1957). Sa mort a dû faciliter la narratrice à traiter l'homosexualité de celui-ci de façon burlesque dans les Mémoires.
[263] Sur l'origine de ce surnom, voir Hélène de BEAUVOIR, Souvenirs, Séguier, 1987, p. 275.
[264] Simone de Beauvoir critique dans ses Mémoires l'opinion de Lionel de Roulet une fois lors de la guerre d'Algérie. Voir FC II, pp. 125-126.
[265] Hélène de BEAUVOIR, Souvenirs, op. cit., p. 72.
[266] Voir ibid., p. 122.
[267] Ibid., p. 121.
[268] L'image que ce discours d'Hélène de Beauvoir évoque, image de la femme libre, nous fait curieusement penser à celle d'Élisabeth, peintre également, dans L'Invitée. Élisabeth déclare à Françoise, en prétendant être femme libre : 'Tu connais mes principes, dit Élisabeth gaiement, je ne suis pas une femme qu'on prend, je suis une femme qui prend. (I, p. 57)' Pourtant la description de ce personnage reste fort négative: son amour malheureux pour un dramaturge et ses quelques aventures vides et desséchantes. Est-ce possible de lire dans ce personnage un agacement éprouvé par la romancière pour sa soeur cadette dans la vie réelle?
[269] En effet, Claudine Monteil rapporte dans son livre la consternation d'Hélène de Beauvoir qui était encore vivante lors de la publication des correspondances de sa soeur aînée.
Voir Claudine MONTEIL, Les Amants de la liberté, Édition J'ai lu, 1999, pp. 275-276.
[270] Citons aussi l'extrait des Carnets de la drôle de guerre où Sartre compare le personnage du petit Crâne avec Jacques-Laurent Bost : 'J'inventai même avec le Castor un personnage charmant (à mes yeux), le petit Crâne, qui pensait peu, parlait peu et faisait toujours ce qu'il fallait. Comme, par une fatalité singulière, tout ce que j'imagine finit toujours par m'arriver, je rencontrai pour terminer le petit Crâne : c'était le petit Bost.' Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., p. 515.
Ajoutons aussi l'observation de Boris Vian sur Jacques-Laurent Bost : 'Un drôle de bonhomme : d'abord il a depuis quinze ans l'air d'avoir quinze ans, ensuite c'est un Cévenol et on croirait un Indien : mince, le teint chaud, le cheveu noir et plat, le profil noble, très beau garçon. Gros succès dans le coeur des dames...'
Boris VIAN, Manuel de Saint Germain des Prés, texte présenté et établi par Noël Arnaud, iconographie rassemblée par d'Déé, Chêne, 1974, p. 165.
[271] Beauvoir écrit à Sartre le même contenu. Voir LS I, pp. 109-110.
[272] De même, elle relate le fait à Sartre dans une de ses lettres. Voir LS I, pp. 232-233.
[273] Jean-Paul SARTRE, Les Chemins de la liberté, I, L'Age de raison, op. cit., p. 37.
[274] Ibid., p. 145.
[275] Raymond QUENEAU, Journaux, Gallimard, 1996, p. 769.
[276] Voir Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, op. cit., p. 41.
[277] Hélène de BEAUVOIR, Souvenirs, op. cit., p. 114.
[278] Voir LNA, p. 151, p. 173, p. 177, p. 178.
[279] Il faut signaler que Beauvoir n'avouait pas à Nelson Algren, comme elle le faisait à Sartre, ses rapports avec les femmes de caractère homosexuel, dont les rapports avec Olga. Ce résumé de sa vie 'non officiel' reste donc aussi la version très partielle destinée à son amant américain. Sa biographe, Deirdre Bair, fait allusion à sa liaison avec Olga. Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 802. Nous en discuterons plus tard.
[280] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 348-349.
[281] Ibid., p. 365.
[282] Toril MOI, Simone de Beauvoir conflits d'une intellectuelle, op. cit., p. 369.
[283] Ibid.
[284] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 590-592.
[285] Brian T. Fitch remarque aussi l'ambiguïté des sentiments que Françoise éprouve pour Xavière.
Voir Brian T. FITCH, Le Sentiment d'étrangeté chez Malraux, Sartre, Camus et S. de Beauvoir, op. cit., p. 171.
[286] Signalons que la connotation homosexuelle des rapports entre femmes est rare et éphémère dans les romans beauvoiriens. La tentative de la séduction de Marie-Ange Lamblin, femme singulière que Marguerite a connue au bar du Jockey, la surprend énormément dans le recueil de nouvelles Quand prime le spirituel. D'autre part, Anne, psychiatre, flaire une tendance homosexuelle chez Marie-Ange Bizet, journaliste ambitieuse, dans Les Mandarins.
[287] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., pp. 503-504, voir aussi Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 44.
[288] Référence proposée par Geneviève IDT et Jean-François LOUETTE Sartre et Beauvoir : «Voilà de la lettre ou non?», in Expérience limites de l'épistolaire, op. cit., pp. 293-296.
[289] Voir aussi LNA, p.43. Dans l'attachement de Beauvoir à Nathalie Sorokine, il n'y a ni d'ambivalence ni de complication, comme elle les éprouve pour ses autres amies, dont Olga et Bianca.
[290] 'Je lui ai dit que je n'étais pas dupe, que c'était ces rapports physiques qui l'énervaient et qu'en fait c'était mal foutu, que peut-être il valait mieux les cesser ; elle a sangloté davantage, repris mes lèvres et murmuré : «je voudrais n'avoir honte de rien avec vous» (LS I, p. 351)'.
[291] Sur ce nom pseudonyme, citons le commentaire d'Anne Strasser-Weinhard : 'Le prénom «Lise» est d'une certaine façon antinomique par rapport au personnage : c'est un prénom aux sonorités douces et qui évoque l'adjectif «lisse». Or, Lise est souvent brusque et agressive : on peut y déceler une certaine ironie de la part de Beauvoir. Le nom de famille «Oblanoff» sonne incontestablement russe, et évoque l'origine de Lise, mais on peut le rapprocher aussi du héros du romancier russe Gontcharov, «Oblomov» dont le nom est dérivé du terme russe qui désigne la paresse. Or, Lise se montre paresseuse, notamment quand il s'agit de faire de la philosophie avec Beauvoir. Cette dernière aurait donc trouvé son pseudonyme en alliant contradictions et similitudes avec la personne réelle'.
Anne STRASSER-WEINHARD, Les figures féminines dans les autobiographies de Simone de Beauvoir, thèse soutenue en 2001 à l'Université Nancy 2, pp. 156-157.
On pourrait rapprocher également le nom de Lise du personnage d'Élise dans les romans de Marcel Jouhandeau. Simone de Beauvoir cite plusieurs passages des Chroniques maritales dans son essai Le Deuxième Sexe. En effet, la jalousie, la méchanceté et les accès de rage d'«Élise» dans ses démêlés conjugaux ressemblent beaucoup au caractère de Lise.
[292] Beauvoir écrit aussi, à Nelson Algren, en 1950, que l'indécence et les dérèglements de Nathalie Sorokine la rebutent. Voir LNA, p. 344.
[293] Bianca LAMBLIN, Mémoires d'une jeune fille dérangée, Balland, Livre de poche, 1993, p. 145.
[294] Ibid., pp. 92-93.
[295] Le nom 'Louise Védrine' vient du changement artificiel et systématique exigé par les circonstances. Selon Bianca Lamblin, ce pseudonyme, qui efface sa judéité, n'est pas bien réussi. Elle y remarque la volonté inconsciente de Beauvoir de minimiser le problème.
Voir ibid., pp. 176-177.
[296] Ibid., p. 99.
[297] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 299. Il manque la lettre de Beauvoir qui lui apprend ce mariage dans les Lettres à Sartre.
[298] LS II, p. 224.
[299] LS I, pp. 250-251, p. 364.
[300] Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., p. 37. Il écrit aussi plus loin : 'Ne croire ni en la brièveté de la guerre, ni même en la victoire finale de la France. Tant que j'y crois, je conserve, autour de moi, adhérant à moi, Castor, Wanda, B., mes écrits, ma vie'. Ibid., p. 67.
[301] Ibid., p. 622.
[302] Ibid., pp. 637-638.
[303] Raymond QUENEAU, Journaux, op. cit., p. 767.
[304] Annie COHEN-SOLAL, Sartre, op. cit., p. 197.
[305] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 218.
[306] Pour les lettres des années 1933-1934 qui manquent, la biographe Deirdre Bair rapporte ainsi, en se reposant sur le témoignage de Simone de Beauvoir : 'Ses lettres fourmillaient de détails sordides sur leur idylle et sur les commérages de l'Institut français; Beauvoir lui renvoyait la balle en lui racontant les intrigues dont elle était témoin chez ses collègues à Rouen ou chez leurs amis à Paris.'
Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, ibid., p. 218.
[307] Voir JG, pp. 86-87, pp. 190-191, pp. 234-235, et LS, I, pp. 340-341.
[308] Voir LS I, p. 185.
[309] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., p. 357.
[310] Voir JG p. 149.
[311] Moins connue que Berthe aux grands pieds, il existe pourtant aussi Berthe de Bourgogne, seconde femme de Robert le Pieu, fils d'Hugues Capet. Robert le Pieu est excommunié, en répudiant sa femme légitime pour épouser Berthe de Bourgogne, sa cousine. Deux prénoms pseudonymes, Martine et Cécilia, semblent venir du poème de Jean Wahl sur Colette Gibert: «Martine, l'écolière, que j'appelais Cécilia».
Voir Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., p. 184.
Or, un des biographes sartriens, Denis Bertholet préfère l'appeler 'Colette X.', choix de la délicatesse face à cette histoire Sartre-Colette Gibert, un peu trop crue. Voir Denis BERTHOLET, Sartre, Plon, 2000.
[312] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1926-1939, op. cit., p. 188.
[313] Ibid.
[314] Voir LS I, pp. 62-63.
[315] Michèle Le Doeuff remarque dans cette histoire le comportement en tyran littéraire de Sartre qui dénie à autrui le même droit de raconter.
Voir Michèle LE DOeUFF, L'étude et le rouet, Seuil, 1989, pp. 203-216.
[316] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 88.
[317] Ibid., p. 93.
[318] Ibid., p. 93.
[319] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 107.
Wanda est appelée Tania Zazoulitch dans cette édition.
[320] Voir Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 241.
[321] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., pp. 219-220.
[322] Sur cette situation assez curieuse, voir Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., p. 649 et Isabelle GRELL-FELDBRÜGGE, La création de quelques personnages dans Les Chemins de la liberté (L'Age de raison, Le Sursis, La Mort dans l'âme, La Dernière chance) de Jean-Paul Sartre. Étude génétique, op. cit., p. 192. Notons que lire les lettres des autres à la dérobée est une des scènes fréquentes dans les romans beauvoiriens. Xavière lit les lettres de Labrousse et de Gerbert adressées à Françoise dans L'Invitée. Dans Les Mandarins, également, Anne lit le courrier que Lewis a reçu de ses éditeurs pendant qu'il prend sa douche.
[323] Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 246.
[324] Hélène de BEAUVOIR, Souvenirs, op. cit., pp. 115-116.
[325] Jean-Paul SARTRE, Carnets de la drôle de guerre, op. cit., p. 129.
[326] Ibid., p. 255.
[327] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 266.
[328] 'On projeta aussi à Paris cette année-là Le Docteur Jekyll de Rouben Mammoulian, M. de Fritz Lang, A nous la liberté, L'Opéra de quat' sous (FA, p. 129)'.
[329] Citons l'interprétation de Claudine Monteil sur cette lettre initiale 'M.' : 'Plus tard, toujours dans ses Mémoires, elle racontera les aventures de Sartre et les siennes, modifiant à l'occasion le nom des personnes concernées. Dolorès n'eut même pas droit à cet honneur. Le Castor ne lui accorda pas l'aumône d'un prénom. Sa seule identité, serait une initiale anonyme, la lettre «M» -- M comme malheur, ou malédiction?'
Claudine MONTEIL, Les Amants de la liberté, op. cit., pp. 93-94.
[330] Deirdre BAIR, Simone de Beauvoir, op. cit., p. 350.
[331] En 1946, Sartre écrit au Castor : 'Sa passion m'effraye littéralement, surtout que je ne suis pas fort dans ce domaine, et elle l'emploie uniquement à se nuire mais elle peut être d'une candeur et d'une innocence d'enfant quand elle est heureuse'.
Jean-Paul SARTRE, Lettres au Castor et à quelques autres 1940-1963, op. cit., p. 335.
[332] Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 390. Voir aussi le chapitre 2.3.4 (Journal intime et reportage insérés).
[333] Sur la conquête brésilienne de Sartre, Beauvoir écrit à Nelson Algren avec humour : 'Soyez fier de Sartre. Il a décidé qu'une Algérienne noiraude, une vraie blonde et deux fausses ne lui suffisaient pas. Que lui manquait-il? Une rousse. Il l'a trouvée, il a entamé une histoire avec elle : 25 ans, vierge (comme ses soeurs de 30 et 23 ans) (LNA, p. 582)'.
[334] Voir Liliane SIEGEL, La Clandestine, Maren Sell, 1988.
[335] Simone de BEAUVOIR, 'Mon expérience d'écrivain', in Les Écrits de Simone de Beauvoir par Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, op. cit., p. 451.
[336] Jean-Paul SARTRE, Monsieur François Mauriac et la liberté, in Situations I, Gallimard, 1947, pp. 36-57.
[337] Gérard GENETTE, Figures III, op. cit., pp. 206-211.
[338] Gérard GENETTE, Nouveau discours du récit, op. cit., p. 43.
[339] Béatrice DIDIER, L'Écriture-femme, P.U.F., 1981, 3e édition 1999, p. 241.
[340] Voir chapitre 6.4.2 (Jacques-Laurent Bost).
[341] Ajoutons ici un autre cas de la relation avec le père bourgeois : Lambert, dans Les Mandarins, est le personnage qui accepte finalement l'autorité patriarcale malgré le détour qu'il fait dans sa jeunesse.
[342] Sur la transformation de la vision de Françoise vis-à-vis de Xavière, voir Jacques DEGUY, 'Il y a Xavière', op. cit., p. 60.
[343] Mathieu se dit : «Je ne sais pas ce que je veux d'elle.»
Jean-Paul SARTRE, Les Chemins de la liberté I, op. cit., p. 57.
[344] Ibid., p. 61.
[345] Ibid., p. 68.
[346] Sur la féminité des soeurs Kosakievicz, Beauvoir écrit à Sartre : 'J'ai senti bien fort comment ça pouvait faire aux Kos. toutes ces bonnes femmes et ce genre de gens ; parce qu'elles se mettent quand même sur le plan féminin et sexuel, comme la femme lunaire et Youki ; et cependant ce genre de féminité et de sexualité les écoeure. Moi je suis complètement hors du coup dans ces trucs-là, mais elles sont dedans en un sens tout en dominant intellectuellement et moralement -- et leur mépris est agressif parce qu'en un sens elles sont en danger (pas en danger d'être touchées, mais de se compromettre à leurs propres yeux). C'est une impression que je voudrais développer en détail avec vous, mais il faudrait causer (LS I, p. 185)'. Voir aussi JG, pp. 90-91.
[347] Jean-Paul SARTRE, Les Chemins de la liberté I, op. cit., p. 203.
[348] Jacques DEGUY, 'Il y a Xavière', op. cit., p. 61.
[349] Jean-Paul SARTRE, L'Etre et le néant, op. cit., p. 384.
[350] Sur le rôle du miroir dans Les Mandarins, voir Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., pp. 73-96 (4 La femme au miroir). Nous en traiterons plus loin.
[351] Voir le chapitre inédit de L'Invitée, Claude FRANCIS, Fernande GONTIER, Les Écrits de Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 291-316.
[352] Pourtant, son enfance reste mystérieuse. Après l'avoir présentée, la narratrice de La Force de l'âge signale au lecteur : 'Cette histoire, dont je n'ai retracé que les grandes lignes abondait en épisodes piquants; je me suis avisée depuis qu'elle comportait aussi bien des lacunes et que certainement Camille avait donné plus d'une entorse à la vérité (FA, p. 84)'.
[353] En plus du témoignage de Simone de Beauvoir sur le travail de Simone Jollivet, Lucien Arnaud, témoin de la vie de Charles Dullin pendant plus de vingt-cinq ans raconte : 'C'est La Princesse des Ursins de Simone Jolivet qui fut montée. La pièce, qui joua de malheur, ne devait pas faire long feu. La répétition générale avait eu à subir les avatars d'un théâtre sortant de six mois de travaux et, c'était bien le cas de le dire, La Princesse des Ursins souffrit d'avoir eu à essuyer les plâtres.' Lucien ARNAUD, Charles Dullin, l'Arche, 1952, p. 120. Sur le jour de la générale de L'Ombre, voir aussi Monique SUREL-TUPIN, Charles Dullin, Presses Universitaires de Bordeaux, 1984, 'Éléments de biographie' pp. 46-47.
[354] Henriette Nizan témoigne de l'engouement du jeune normalien pour cette femme, en présentant la lettre qu'elle a écrite en 1927 à Paul Nizan, son futur mari : '[...] j'ai rencontré Chadel. Il avait très mauvaise mine. La faute en était, disait-il, au bal de l'École. Myette Jollivet, l'amante de Sartre, y était en personne -- elle boit sec et sans perdre la tête ; son langage est un piquant mélange de pédanterie et d'expression normaliennes. C'est un 'type', c'est un 'numéro'. Elle n'est pas bien faite, mais elle a un certain charme dans la figure, elle n'est pas élégante. Voilà ce que m'a raconté Chadel -- et aussi que Sartre ne tient plus debout, qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même. Songez, elle est à Paris depuis trois semaines. Pauvre heureux Sartre. Je songe soudain que c'est une fichue condition que d'être un homme. C'est surtout incompréhensible. [...]'.
Henriette NIZAN, Marie-José JAUBERT, Libres Mémoires, Robert Laffont, 1989, p. 108. Elle raconte aussi un épisode de cette époque : 'Parfois j'allais voir Paul-Yves à l'École normale. Dans la turne qu'il partageait avec Sartre, un nouvel abat-jour pendait au plafond ; une jolie culotte de voile de coton mauve agrémentée d'un entre-deux de fausse dentelle ocre. Sartre l'avait chipée à sa bonne amie Myette Jollivet.' Ibid., p. 117.
[355] Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., p. 79.
[356] Citons ici la partie qui retrace la personnalité de Cosima vue par Frédéric : 'Aussi quand il la revoyait, avait-il toujours une surprise nouvelle: il n'était jamais à son niveau, elle lui échappait; il était devant elle comme naguère devant le printemps. Et chaque fois, tout était à refaire. Ils passaient alors des heures à rechercher ardemment l'égalité parfaite, au prix de mots blessants, d'accès sans nombre de découragement et de mauvaise humeur. Enfin un instant venait où il semblait à Frédéric qu'il voyait Cosima autrement, éclairée d'une petite flamme intérieure; et, lassé, rompu, il avait la sagesse de baptiser cet instant «instant d'adaptation» et de ne pas chercher plus avant. Il écoutait alors tristement ses histoires. Tantôt elle racontait de menus faits de sa vie, tantôt elle inventait un conte. Et c'était, avec des variantes sans importance, toujours le même: un conte, un jeu décousu, mélancolique et, malgré de nombreuses passions et maints adultères, chaste car cette femme froide et pure ignorait la sensualité comme la pudeur. Elle pensait par images, par symboles, comparaisons, et elle ne comprenait jamais tout à fait ses comparaisons. Frédéric encore bien moins'.
Jean-Paul SARTRE, Écrits de jeunesse, Gallimard, 1990, pp. 276-277.
[357] Jean-Paul SARTRE, La Nausée, Gallimard, 1938, Folio tirage 2003, p. 200.
[358] Ibid., p. 204.
[359] Ibid., p. 217.
[360] Le patronyme de notre auteur : 'Beauvoir', possédant la même épithète, appartient à la même étymologie. Voir Albert DAUZAT, Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Larousse, 1951.
Alain Buisine y voit une 'provocation optique' par rapport à la condition des dernières années de Jean-Paul Sartre : '[...] mais quel nom étonnant, et comme indécent, en la circonstance ! Et peut-être depuis fort longtemps puisque Sartre l'a très tôt appelée le Castor : Beauvoir / beaver. Sans aucun doute un surnom amical, mais aussi un moyen d'effacer la véritable provocation optique que devait constituer à ses yeux un tel patronyme [...].'
Alain BUISINE, Laideurs de Sartre, op. cit., p. 59.
[361] Le personnage de Lucie Belhomme fait penser à Simone Berriau, directrice du théâtre Antoine, qui a fait jouer sa fille dans La Putain respectueuse de Sartre. Cette pièce a provoqué le scandale, comme l'a fait la pièce d'Henri Perron, Les Survivants dans le roman. Beauvoir écrit sur Simone Berriau : 'Elle avait de la vitalité et de l'acharnement mais qu'elle mettait exclusivement à son propre service (FC I, p. 215)'.
[362] 'Aucune, d'un point de vue féministe, ne peut être considérée comme une «héroïne positive». J'en conviens, mais sans m'en repentir (FC I, p. 363)'.
[363] 'J'ai entendu une femme de journée, en train de laver le carreau d'un hall d'hôtel, qui déclarait : «Je n'ai jamais rien demandé à personne. Je suis arrivée toute seule.» Elle était aussi fière de se suffire qu'un Rockefeller (DS II, pp. 597-598)'.
[364] L'autobiographe mentionne la répugnance que la féminité des femmes plus âgées lui inspirait : 'Assistant à vingt-cinq ans à une fête, à l'Atelier, je considérais toutes ces créatures encore «bien conservées» comme «de vieilles peaux». Même à trente-cinq ans j'étais choquée quand des aînées faisaient allusion devant moi à leurs ébats conjugaux : il vient un moment où il faut avoir la décence de renoncer, pensais-je (TCF, p. 52)'.
[365] Anne Ophir dit : 'Manette, sa vieille mère, est l'incarnation vivante de la femme (!) qui sait bien vieillir.'
Anne OPHIR, Regards féminins, op. cit., p. 39.
[366] Pourtant, Simone de Beauvoir lèvera ce tabou dans son essai La Vieillesse, paru trois ans après cette nouvelle.
[367] Voir le chapitre 6.6.5 (Léna Zonina : un nouveau stade des rapports avec les jeunes femmes).
[368] Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., p. 64.
[369] 'A propos de Virginia Woolf, Viviane Forrester écrit fort justement que la romancière est «une femme qui vit encore l'éros de l'enfance». On peut se demander s'il n'en est pas ainsi de beaucoup de femmes, et en particulier écrivains ; si, à des degrés divers, on ne pourrait pas en dire autant de G. Sand, de Colette ou de Kathleen Raine. Que de femmes ont commencé leur carrière par un roman plus ou moins autobiographique où elles racontaient leurs souvenirs d'enfance, et si toutes n'ont pas la drôlerie de Guyette Lyr ou la saveur de Régine Deforges, il est rare pourtant que le premier roman soit sans intérêt. La difficulté, le véritable test, ce serait le second.'
Béatrice DIDIER, L'Écriture-femme, op. cit., pp. 23-24.
Citons également l'extrait de l'essai Le Deuxième Sexe où l'auteur remarque l'importance des souvenirs d'enfance pour la littérature féminine, même s'il n'était pas évident qu'il reconnaisse l'appartenance de sa propre littérature à cette catégorie : 'On sait, entre autres, combien les femmes sont attachées à leurs souvenirs d'enfance ; la littérature féminine en fait foi ; l'enfance n'occupe en général qu'une place secondaire dans les autobiographies masculines ; les femmes, au contraire, se bornent souvent au récit de leurs premières années ; celles-ci sont la matière privilégiée de leurs romans, de leurs contes (DS II, p. 530)'.
[370] Béatrice DIDIER, L'Écriture-femme, op. cit., p. 37.
[371] Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., p. 73.
[372] Gaston BACHELARD, La Poétique de la rêverie, P.U.F., 1960, 9e édition 1986, p. 118.
[373] La représentation de la ville de Rougemont, ville qui ressemble beaucoup à Rouen où la romancière était nommée entre les années 1932-1939, nous rappelle une autre ville de la Normandie, Bouville, ville modelée sur Le Havre où Sartre enseignait à la même époque. Dans le roman La Nausée, comme les deux personnages féminins de la nouvelle Chantal, le héros perçoit la ville de Bouville à sa manière. Se sentant menacé par le fait que les choses soient si proches et que l'existence lui pénètre de partout, Antoine Roquentin prend peur devant la ville de Bouville. Citons une partie de son journal qui témoigne de son regard hallucinatoire vis-à-vis de cette ville : 'La végétation n'assiège Bouville que de trois côtés. Sur le quatrième côté, il y a un grand trou, plein d'une eau noire qui remue toute seule. Le vent siffle entre les maisons. Les odeurs restent moins longtemps qu'ailleurs : chassées sur la mer par le vent, elles filent au ras de l'eau noire comme de petits brouillards follets. Il pleut. On a laissé pousser des plantes entre quatre grilles. Des plantes châtrées, domestiquées, inoffensives tant elles sont grasses. Elles ont d'énormes feuilles blanchâtres qui pendent comme des oreilles. A toucher, on dirait du cartilage. Tout est gras et blanc à Bouville, à cause de toute cette eau qui tombe du ciel. Je vais rentrer à Bouville. Quelle horreur! '
Jean-Paul SARTRE, La Nausée, op. cit., p. 220.
[374] Sur les phlox, Claire Cayron remarque : 'Une odeur enfin, respirée dès la petite enfance et qui apparaît comme une véritable obsession olfactive dans l'oeuvre autobiographique et romanesque de notre auteur : l'odeur sucrée des phlox. Nous la respirons dès les premières pages des Mémoires et chaque retour à Meyrignac suscite ses effluves. Mais surtout, l'odeur des phlox est passée dans le patrimoine sensoriel de deux personnages très proches de l'auteur : Régine de Tous les hommes sont mortels et Henri des Mandarins qui l'évoque par deux fois [...]'.
Claire CAYRON, La Nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., pp. 117-118.
[375] Ibid., p. 66.
[376] Dans la masculinité que représente le personnage de Fosca, y a-t-il l'ombre de Sartre qui était épris de 'M.' (Dolorès Vanetti) lors de la rédaction de ce roman? Voir aussi Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., pp. 154-156.
[377] Claire CAYRON, La Nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., p. 116.
[378] Claire CAYRON, La Nature chez Simone de Beauvoir, op. cit., p. 67.
[379] Jean-Pierre RICHARD, Poésie et profondeur, Seuil, collection Points, 1955, p. 15.
[380] Voir Gérard GENETTE, Palimpsestes, op. cit., p. 16.
[381] Voir Björn LARSSON, La Réception des Mandarins, op. cit., pp. 114-116.
[382] Albert CAMUS, Carnets III, Gallimard, 1989. pp. 146-147.
[383] Olivier Todd va plus loin dans sa hypothèse : il affirme qu'il s'agit d'un 'immense règlement de comptes' de la part de Simone de Beauvoir contre Albert Camus. Certes, certaines remarques, entre autres, le rapprochement entre la dépression de Francine Camus et celle du personnage de Paule, sont intéressantes. Cependant, nous avons l'impression qu'il s'agit plutôt d'un 'règlement de comptes' de la part d'Olivier Todd lui-même contre la romancière, d'autant plus qu'elle l'attaque dans sa Cérémonie des adieux. En tout cas, il est toujours surprenant de voir que l'écriture des femmes est réduite, en fin de compte, à la dimension des 'frustrations sexuelles'.
Voir Olivier TODD, Albert Camus une vie, Gallimard, Folio, édition revue et corrigée, 1996, pp. 827-832.
[384] Voir Gérard GENETTE, Palimpsestes, op. cit., p. 13.
[385] Simone de Beauvoir commence la rédaction de la Primauté du spirituel en 1935 juste après l'histoire de Louise Perron.
[386] 'Sartre devait ébaucher sur ce thème une nouvelle qu'il abandonna mais qui fut à l'origine de La Chambre (FA, p. 198)'.
[387] Éliane LECARME-TABONE, Anne, psychanalyste, op. cit., p. 87.
[388] Nelson Algren, modèle du personnage de Lewis Brogan, parle dans son roman des drogués, des joueurs, des putains, des voleurs, des repris de justice et des hors-la-loi. Voir FC I, p. 191.
[389] Voir le chapitre 5.1 (Portrait du jeune Sartre anonyme dans Mémoires d'une jeune fille rangée), note 203.
[390] Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., p. 73.
[391] Voir Jacques LACAN, 'Le stade du miroir comme formation de la fonction du Je' (Communication faite au XVIe congrès international de psychanalyse, à Zürich, le 17 juillet 1949) in Écrits, Seuil, 1966. Notons qu'en 1944, Leiris, Bataille et Queneau font rencontrer à Lacan Beauvoir et Sartre.
[392] 'Le corps féminin -- beaucoup plus que le corps masculin -- était, dans la littérature, un corps morcelé. S'il faut bien convenir que le corps masculin est souvent peu présent également dans la littérature, le personnage masculin y conserve cependant l'unité d'un sujet, tandis que le personnage féminin y subit le morcellement de l'objet.'
Béatrice DIDIER, L'Écriture-femme, op. cit., p. 36.
[393] Notons aussi que dans les nouvelles Chantal et Marguerite, les glaces de brasseries, de pâtisseries et de bars sont toujours mentionnées comme décor indispensable.
[394] Ici, notre auteur donne à Marguerite, héroïne de la dernière nouvelle, un trait caractéristique nettement viril. En effet, il affirmera plus tard dans son essai Le Deuxième Sexe que 'l'homme qui se sent et se veut activité, subjectivité, ne se reconnaît pas dans son image figée (DS II, p. 527)'.
[395] Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., p. 91. Voir aussi pp. 88-96 (Le face-à-face avec soi-même dans L'Invitée).
[396] Françoise Arnaud HIBBS, L'Espace dans les romans de Simone de Beauvoir -- Son expression et sa fonction, Anma Libri, 1988, p. 16.
[397] Voir les pages suivantes de L'Invitée : p. 25, p. 47, p. 83, p. 87, p. 93, p. 104, p. 107, p. 119, p. 132, p. 144, p. 215, p. 300, p. 301, p. 316, p. 330, p. 340, p. 417, p. 467, p. 500.
[398] Voir les pages suivantes de Tous les hommes sont mortels où apparaissent les mots 'miroir', 'glace' ou 'les yeux' qui jouent un rôle identique : p. 13, p. 16, p. 37, p. 38, p. 54, p. 55, p. 69, p. 95, p. 101, p. 102, p. 104.
[399] VoirDS II, pp. 535-538.
[400] Voir Françoise RÉTIF, Simone de Beauvoir L'autre en miroir, op. cit., pp. 79-80.
[401] L'expression identique se trouve dans la nouvelle L'Age de discrétion. Voir FR, p. 20.
[402] Le personnage d'Élisabeth en tant que peintre nous rappelle évidemment Hélène de Beauvoir, soeur cadette de la romancière, qui est aussi peintre. Voir le chapitre 6.4.1 (Portrait de sa soeur).
[403] Julia KRISTEVA, Soleil noir dépression et mélancolie, Gallimard, 1987, édition Folio, pp. 227-265.
[404] '«Elle raconte tout depuis le début» : l'ouvrage de Joséphine Mièvre caricature par avance le récit d'enfance qui, comme le journal intime, peut donc ne présenter aucun intérêt, ni littéraire, ni humain. Anne, à travers la sensibilité de laquelle est relaté cet épisode, s'émeut cependant devant la férocité de sa fille et note le rejet sans appel par son mari de cet écrit de femme («Robert ramassa un feuillet, le parcourut, le rejeta»). Nouvelle censure masculine par un personnage qui n'est plus immortel comme Fosca, mais qui, plus âgé de vingt ans que l'héroïne, incarne dans cet écart une nouvelle distance vis-à-vis du récit de vie : affaire de femme, projet sans consistance et voué au mépris.'
Jacques DEGUY, Simone de Beauvoir : La quête de l'enfance, le désir du récit, les intermittences du sens, op. cit., p. 83.
[405] Béatrice DIDIER, L'Écriture-femme, op. cit., p. 241.
[406] Anne OPHIR, Regards féminins, op. cit., Introduction de Simone de Beauvoir.
[407] Le propos d'Annie Ernaux, à la question de savoir qui parle dans Passion simple. Jacques LECARME, Éliane LECARME-TABONE, L'Autobiographie, op. cit., p. 271.
[408] Shi shousetsu (watakushi shosetsu). Ce genre se caractérise par son écriture intime pour la fiction autobiographique. Il correspondrait à l''autofiction' en France.